La géomatique s’est progressivement imposée dans les Antilles françaises comme un outil essentiel de gestion territoriale, malgré un contexte marqué par l’éloignement géographique, un marché de taille réduite et des moyens souvent limités. Si les usages des systèmes d’information géographique restent globalement similaires à ceux observés en métropole, les collectivités et organismes locaux doivent composer avec des contraintes spécifiques liées à l’insularité, aux risques naturels, aux infrastructures parfois insuffisamment documentées et à la nécessité de s’appuyer sur des partenaires métropolitains pour accéder à certaines compétences ou technologies.
L’enquête met en lumière plusieurs projets emblématiques développés en Martinique, en Guadeloupe et à Saint-Martin. La Collectivité Territoriale de Martinique a structuré un véritable écosystème autour des plateformes RIGMA et GéoMartinique afin de mutualiser et diffuser les données géographiques. En Guadeloupe, l’Agence des 50 pas géométriques s’appuie sur un SIG pour gérer les problématiques foncières du littoral, tandis qu’Agrigua accompagne plusieurs milliers d’exploitants agricoles dans leurs déclarations et le suivi des cultures. Les communautés d’agglomération, comme la CACEM ou Espace Sud Martinique, développent également des applications métiers dédiées à l’urbanisme, aux déchets, aux transports ou à l’habitat, en s’appuyant de plus en plus sur l’open data et les plateformes collaboratives.
Les enjeux environnementaux et climatiques occupent une place particulièrement importante dans ces territoires exposés aux risques naturels. Les ouragans, la gestion de l’eau, la surveillance du littoral ou encore la pollution des sols par le chlordécone mobilisent fortement les acteurs de la géomatique. L’ouragan Irma a notamment démontré l’importance des référentiels géographiques et des applications cartographiques dans les opérations de reconstruction de Saint-Martin. À travers KaruGéo, GéoMartinique et de nombreux projets locaux, les Antilles construisent progressivement une véritable culture du partage de données et de l’information géographique, devenue indispensable au développement et à la résilience des territoires insulaires.
Article payant de 5 pages réalisé par Hubert d’Erceville, Michel Bernard et Xavier Fodor.