Jumeaux numériques urbains : les enseignements clés du sommet de Prague




Interopérabilité des données, IA générative, mise à jour continue : le premier Esri Urban Digital Twin Summit révèle une nouvelle maturité des jumeaux numériques urbains. Retour sur les tendances qui dessinent les plates-formes territoriales de demain.

Accueilli au CAMP, le Centre pour l’Architecture et la Planification Urbaine de Prague, Prague accueillait la première édition de l’Esri Urban Digital Twin Summit, une rencontre européenne consacrée aux jumeaux numériques urbains. Réunis au Centre pour l’Architecture et la Planification Urbaine (CAMP), collectivités, experts et industriels ont partagé leurs retours d’expérience autour des plates-formes urbaines, de la donnée géospatiale et de l’intelligence artificielle. La journée, particulièrement dense, a donné lieu à de nombreuses présentations et échanges autour d’expériences concrètes. Plusieurs villes européennes – Prague, Oslo, Riga, Nottingham, Tallinn, Vilnius ou encore Vila Nova de Gaia – ont présenté leurs initiatives. Toutes témoignent d’avancées significatives dans la modélisation urbaine, l’exploitation de l’intelligence artificielle et le développement de nouveaux cas d’usage, qu’il s’agisse d’urbanisme, de résilience, de gestion des infrastructures ou encore de participation citoyenne.

Au fil des présentations, un constat s’est imposé : la question centrale n’est plus tant celle de la production de données que celle de leur gestion et de leur exploitation. Les technologies de capture ont en effet connu une accélération spectaculaire ces dernières années. Selon les intervenants, près de 90 % des données géospatiales disponibles aujourd’hui ont été créées au cours des cinq dernières années. Dans ce contexte, l’enjeu majeur n’est plus de « posséder » des données, mais de les rendre interopérables, auditables, cohérentes et régulièrement mises à jour.

Pour assurer cette actualisation continue, les drones apparaissent désormais comme l’un des outils les plus efficaces et les plus rentables. Leur utilisation est facilitée par la démocratisation des solutions de reality mapping et par l’intégration croissante de l’IA dans les chaînes de traitement et d’analyse. Autre point clé souligné lors du sommet : la valeur stratégique des données historiques. Bien gérées, elles permettent de calibrer les modèles, d’identifier des tendances, de justifier des politiques publiques ou encore de comparer différents scénarios d’évolution, notamment dans les domaines du climat, du logement, de la résilience ou de la maintenance des infrastructures.

À l’inverse, les données dynamiques ne peuvent être qualifiées de « temps réel » que si elles sont transmises au bon moment et au bon endroit. Multiplier les capteurs ne suffit pas si les flux d’information restent enfermés dans des silos techniques ou organisationnels. Enfin, plusieurs intervenants ont insisté sur un point souvent sous-estimé: l’accessibilité du jumeau numérique. Pour être réellement utile, il doit être pensé pour différents publics — décideurs, techniciens, urbanistes, mais aussi citoyens — ce qui implique de repenser les interfaces utilisateurs.  
 

L’IA générative s’invite dans la fabrique du jumeau numérique

L’intelligence artificielle générative était omniprésente dans les discussions autour de l’évolution des plates-formes urbaines. Interrogé par SIGMAG lors de la session finale, Pascal Mueller, responsable du laboratoire de R&D d’Esri à Zurich, a confirmé que ses équipes travaillent à rendre plus accessibles les outils de modélisation procédurale et de simulation déjà présents dans CityEngine et ArcGIS Urban. L’objectif : faciliter la création et l’exploration de scénarios urbains complexes.

La journée s’est conclue par une intervention de Giovanni Bonati, consultant auprès de la Commission européenne, qui a présenté l’initiative CitiVERSE dédiée aux Local Digital Twins. Il a également évoqué l’appel à projets du programme Horizon Europe, ouvert jusqu’au 15 avril 2026, visant à mobiliser l’intelligence artificielle dans les jumeaux numériques dédiés à la gestion des risques. Autant de signaux qui confirment l’émergence progressive d’un nouvel écosystème numérique urbain, où la donnée géospatiale, l’IA et les plates-formes de simulation convergent vers une même ambition : rendre la ville plus lisible, plus anticipable… et peut-être, demain, programmable.

Michel Bernard

Article mis en ligne par la rédaction SIGMAG & SIGTV.FR