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Christophe Tourret: «L’information géographique est cruciale face au Covid-19»




Tous les salariés d’Esri France sont mobilisés pour accompagner presque normalement les utilisateurs dans des conditions très particulières, confie Christophe Tourret.

Dans cet entretien, le Directeur général d’Esri France évoque l’utilisation accrue des tableaux de bord localisés pour suivre la progression de l’épidémie de coronavirus.

 

 

Mesurez-vous l’impact de l’usage de l’information géographique dans cette crise ?
 
L’information géographique est cruciale face au Covid-19, extrêmement importante. Cela se voit à beaucoup de niveaux : pour suivre la progression de l’épidémie d’une manière de plus en plus fine, pour établir des projections spatiotemporelles, pour utiliser au mieux les ressources dans une stratégie de logistique, pour déplacer les malades, pour informer les personnes confinées sur les services et commerces locaux ouverts...

Quels sont vos développements spécifiques face au Covid-19 ?
Suivi du Covid-19 dans le Morbihan, un des premiers clusters
Suivi du Covid-19 dans le Morbihan, un des premiers clusters

Dashboard de l'Institut Paris Région
Dashboard de l'Institut Paris Région

Tout part du tableau de bord créé par un client d’Esri : l’université américaine de médecine John Hopkins, une institution en matière d’épidémiologique. Son tableau de bord, noir avec ses cercles rouges, est rapidement devenu une référence. Il est utilisé par de nombreux gouvernements et repris par de très nombreux médias.
Dès que Santé Publique France a diffusé des données précises, nous avons adapté ce tableau de bord en précisant des données d’abord d’un point de vue géographique, à l’échelle de la France, puis des départements et même ville par ville. Ces données propres à l’hospitalisation ou aux cas actuellement en réanimation, sont mises à jour, enrichies et complétées constamment. Ce tableau de bord a vite été repris librement par nos utilisateurs pour un usage local, parfois en le réadaptant. Il est aussi largement diffusé dans les médias ou des spécialistes comme le Professeur Didier Raoult.

En parallèle, nous avons adapté en français le Hub dédié au Covid-19 qu’Esri Inc. a ouvert dans le cadre de son « Disaster Response Program ». C’est le point d’entrée pour ceux qui veulent disposer de ressources ou nous contacter dans le cadre du programme. Une équipe d’experts répond aux demandes spécifiques, notamment en termes d’intégration et de diffusion des données. Bien évidemment, nos utilisateurs les plus concernés dans les services d’urgence, aux ministères de l’Intérieur ou aux Armées sont déjà très bien équipés et n’ont pas forcément besoin de nous. Mais nous traitons les demandes des SDIS, Régions, collectivités ou entreprises par exemple pour organiser la logistique relative aux masques et respirateurs, ou bien pour valoriser les commerces restés ouverts ou qui assurent des livraisons indispensables durant cette période de confinement.
Il suffit de nous expliquer ses besoins en termes de SIG dans ce contexte du Covid-19 pour que l’on apporte une assistance. Nous mettons à disposition des licences gratuitement, même si vous n’êtes pas clients d’Esri. Nous le faisons avec beaucoup d’organisations en France et en Afrique, à l'instar de ce que font tous les autres distributeurs d’Esri à travers le monde. 

Quel dispositif avez-vous mis en place chez Esri France dans ce contexte imposant à la fois le confinement depuis le 17 mars et la poursuite de l’activité en télétravail ?
 
En fait, nous avions anticipé la situation de quelques jours. Début mars, nous devions nous rendre en Californie pour les conférences Esri dédiées aux partenaires et aux développeurs. Face à la progression du virus en Italie, nous avions annulé ce déplacement et, de son côté, Esri Inc. a organisé ce Developer Summit sous la forme d’un webinar. Dès le 9 mars, début du confinement en Italie, Esri France a progressivement mis en place son dispositif de télétravail. Ainsi, mardi 17 mars, 100% des salariés étaient en télétravail, en ordre de marche pour toutes les activités de l’entreprise.
 
Le principal challenge est surtout de travailler différemment, avec plus de communication, plus de réunions et de formalisme. À la maison, les journées s’avèrent extrêmement denses. De plus, le passage au télétravail s’est fait facilement, car nous disposons des outils et des infrastructures agiles nous permettant de travailler à distance. D’ailleurs, en temps normal, chez Esri France certaines personnes télétravaillent régulièrement. Enfin, nous avions eu un galop d’essai en début d’année avec les perturbations dans les transports : faute de pouvoir se déplacer, plusieurs personnes ont travaillé à distance. Dans le cas actuel, nous avons eu à gérer des détails logistiques, par exemple pour faire parvenir aux salariés en congé leurs ordinateurs portables restés au bureau ou bien doter en portables ceux qui travaillent d’habitude sur des postes fixes.

Avez-vous reçu des consignes particulières de la part d’Esri Inc. ?

 
Nous travaillons depuis longtemps à distance avec les États-Unis et les autres distributeurs partout dans le monde. Seules quelques mesures ont été prises, par exemple pour réduire la capacité à faire des évaluations sur ArcGIS Online. L’idée est d’appliquer quelques restrictions pour faciliter des usages critiques, par exemple pour faciliter les millions de requêtes quotidiennes vers les applications qui permettent de suivre la propagation du Covid-19. Cette décision d’Esri a d’ailleurs été soulignée comme une mesure à suivre par Satya Nadella, le directeur général de Microsoft, dans une note à ses collaborateurs (publiée sur Linkedin) pour adapter les ressources du Cloud face à des montées en puissance.

En France, les services et les contenus sont fournis normalement ?
 
Oui, de même que les contacts s’effectuent par le biais des numéros de téléphone et e-mails habituels. Il faut juste que nos utilisateurs soient en situation de pouvoir travailler avec nous. En effet, nous rencontrons différentes situations : certains ont les mêmes capacités que nous, quand d’autres ont plus de mal à se retourner, ou sont débordés par la situation. Enfin, il y a des utilisateurs très impliqués par la gestion de la crise sanitaire, de son aspect sécuritaire ou logistique à qui nous offrons une réponse appuyée.
Les utilisateurs de la plate-forme ArcGIS Online ne rencontrent pas de problème : c’est l’avantage des applications hébergées qui n’offrent aucune différence entre le bureau et la maison. Ceux qui sont encore en « dur » doivent disposer d’une bonne infrastructure réseau, avec un bon VPN. 

De notre côté, tous les services de consulting, support ou marketing fonctionnent. D’autres ont été adaptés, comme les formations qui se déroulent maintenant en ligne, à l'instar de la journée géoperformance, le 23 avril. Nous sommes d’ailleurs particulièrement sollicités par ceux qui souhaitent « profiter » des circonstances pour se former ou développer leur maitrise d’ArcGIS. Par exemple, vendredi 3 avril nous proposons un webinar sur l’utilisation d’ArcGIS Dashboard pour la gestion de crise  : nous avons enregistré plus de 1.000 inscriptions en 24h.

Il y aura des conséquences sur les prochains développements ?

Objectivement, l’impact est faible à ce niveau là, car notre activité peut se poursuivre dans ce contexte, en télétravail. La nouvelle version d’ArcGIS Online a simplement été décalée d’une semaine et elle est aujourd'hui disponible, et Esri vient de lancer en bêta, plus tôt que prévu, une solution «Business Continuity» adaptée au Coronavirus Covid-19.

Cela dit, il est trop tôt pour mesurer l’impact de cette crise sanitaire qui se poursuit encore. Si ce n’est qu’elle souligne bien l’importance des systèmes d’informations géographiques.
 
Propos recueillis par Xavier Fodor