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La géolocalisation des urgences en question




La géolocalisation des urgences en question
Le décès au Sud de Naples du jeune randonneur français Simon Gautier a soulevé beaucoup d’interrogations autour de sa géolocalisation. Tombé d’une falaise, les deux jambes brisées, le jeune homme avait réussi à joindre les secours, sans pouvoir dire où il se trouvait exactement : "Au milieu de nulle part, sur la côte. Je vois la mer, mais je ne sais pas où je suis...” Son téléphone s’était ensuite arrêté, à court de batterie.
 
Ainsi s’est posée la question de la localisation de l’endroit de son appel qui aurait permis de le retrouver plus rapidement et non au terme de dix jours de recherche. Et si l’on s’interroge, c’est parce que la géolocalisation est largement utilisée avec un smartphone... 
 
En effet, il existe de nombreuses applications permettant de se positionner pour définir différents itinéraires, commander un taxi ou un VTC, jouer avec un membre d’une communauté virtuelle à proximité ou bien encore faire des rencontres. Ensuite certains dispositifs fonctionnent sans activation directe de l’utilisateur. Soit car elle reste toujours activée dans les paramètres de l’appareil comme avec la fonctionnalité “find my phone”. Soit en fonctionnant à l’aide d’un objet connecté, comme une montre ou un badge disposant de sa propre carte SIM ou relié au smartphone via Bluetooth ou Wifi. Ces équipements servent par exemple à géolocaliser des individus fragiles comme des enfants ou bien des personnes souffrant d’Alzheimer. Enfin, certains matériels ou véhicules sont géopositionnés, permettant d’affecter des tâches aux personnes les plus proches d’un lieu d’intervention, ou à l’inverse de signaler sa présence sur une zone non attribuée.
 
Dans tous les cas, le principe de fonctionnement de géolocalisation repose sur le système de positionnement par satellite GPS ou le réseau mobile. Généralement, les deux fonctionnent de manière complémentaire; le GPS utilisant les réseaux 3G ou 4G pour envoyer et recevoir un nombre plus important de données et de manière plus rapide. Si le GPS ne peut être opérationnel, faute de pouvoir “accrocher” suffisamment de satellites, la triangulation peut s’effectuer en se positionnant par rapport à trois antennes relais. Cela fonctionne toujours, mais avec précision variant d’une centaine de mètres à plusieurs kilomètres, notamment dans les zones en dehors de villes couvertes par moins d’antennes. Enfin, il existe d’autres dispositifs moins communs qui se connectent (toujours en utilisant la triangulation ou l’accrochage à une borne) à des réseaux privés comme SIGFOX.

Advanced Mobile Location : AML

L’actualité autour de l’accident tragique de Simon Gautier place sous les projecteurs une autre technologie : l’Advanced Mobile Location (AML), en français localisation mobile avancée. 
 
Mise au point en 2014 par les autorités britanniques en coopération avec des opérateurs (BT, EE, O2 et Three) et les constructeurs HTC et Sony, l’AML est intégrée par défaut dans les mobiles Android depuis juillet 2016 et dans l’iOS d’Apple depuis mars 2018.
 
Concrètement, l’AML permet de géolocaliser automatiquement une personne qui appelle les secours via le 112 (un numéro d'urgence en service dans tous les pays de l’Union européenne, ainsi que 9 autres dont la Suisse et la Turquie). Le téléphone reconnait le numéro et envoie un SMS vers les services de secours un SMS contenant différentes données réunies et rédigées de manière automatique. Il s’agit de ses coordonnées latitude et longitude et d’un horodatage avec un pourcentage de fiabilité de ces données. Le message rapporte aussi la technique de géolocalisation utilisée, le numéro d’identifiant de l’usager (IMSI, celui de l’appareil (IMEI), le code pays (MCC) et le code opérateur (MNC).

Un service pas encore activé en France

 
L’AML semble ainsi d’une aide précieuse. Elle souffre pourtant de plusieurs contraintes. La première est d’ordre technique. Pour que l’AML se déclenche, réunisse les données et envoie son message, il faut que le smartphone dispose d’une carte SIM, qu’il soit allumé et présente un niveau de batterie suffisant, d’au moins 10%. Ce qui n’était a priori pas le cas pour Simon Gautier.
 
Ensuite, l’autre impératif, c’est la mise en place du service dans le pays où elle est utilisée. Pour l’instant, seulement 15 pays l’utilisent. Il s’agit essentiellement de pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique ou le Royaume-Unis, mais aussi les États-Unis, la Nouvelle Zélande ou les Émirats arabes Unis. Mais, pas l’Italie ou bien encore la France...
 
En effet, même si la technologie a prouvé sa capacité, l’AML nécessite une refonte de l’architecture des secours. À commencer par faire remonter tous les appels passés de n’importe quel point du territoire vers une seule plate-forme. Or, les secours sont parfois gérés de manière décentralisée. C’est le cas à un niveau départemental en France et un niveau régional en Italie.
 
Les choses vont pourtant évoluer grâce notamment à l’action menée depuis 1999 par l’ONG EENA (European Emergency Number Association). Créée par Olivier Paul Morandini, elle travaille à l’amélioration des secours d’urgence en Europe et milite notamment en faveur de la mise en œuvre de l’AML à une échelle Pan Européenne (PEMEA). Plusieurs pays d’Europe, dont la France comme l’Italie en Lombardie, la testent actuellement en vue d’un déploiement dans les prochains mois, d’ici avril 2020 pour la France. En effet, cela répond au code européen des communications électroniques : cette une directive adoptée en novembre 2018 stipule que tous les États de l’Union doivent mettre en œuvre l’AML d’ici décembre 2020. Il sera alors possible d’éviter de latences telles qu’observées en Campanie.​

GEOLOC 18-112 : la version française de la localisation mobile avancée

La géolocalisation des urgences en question
 
Précisons cependant que l’absence d’utilisation de l’AML en France ne veut pas dire qu’il n’existe pas de système fiable en France. Il existe le système GEOLOC 18-112 qui a été développé par les SDIS du Morbihan et du Var et testé par différents SDIS. 
 
Son principe est légèrement différent : lorsqu’une personne appelle les services d’urgences, les pompiers lui envoient un SMS contenant un lien. Il lui suffit de cliquer sur ce lien, tout en continuant à parler avec les secours, pour faire apparaitre du côté des pompiers les données précises de sa localisation. 
 
Depuis un an, l’application permet même de faire parvenir des photos à l’opérateur. Toutes ces informations qui ressemblent pour beaucoup à celles recueillies par l’AML, de manière toutefois plus construites et compréhensibles, sont suffisantes pour permettre aux pompiers de mobiliser les équipes de secours au plus près de la victime.

La Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a décidé, il y a environ un an, du déploiement national de cet outil.

X.F.

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