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Quand BIM et SIG se jaugent


Le SIG s’est invité à la seconde édition de BIM World. L’approche reste timide dans ce qui ressemble plus à une phase d’observation sur la manière de faire fonctionner ensemble ou en parallèle BIM et SIG.



Exemple d’intégration de modèle BIM dans ArcGIS Pro
Exemple d’intégration de modèle BIM dans ArcGIS Pro
Avec plus de 4.600 visiteurs de 40 nationalités, 120 exposants et 76 conférences ateliers, BIM World 2016 a confirmé sa place d’évènement majeur autour du BIM. Cette seconde édition a également ouvert plus largement ses portes au SIG, notamment avec la présence d’Esri France aux côtés de son partenaire Harris, spécialisé dans la captation et le traitement d’image. Don Kuehne, responsable 3D Product Management CAD BIM et AEC chez Esri Inc. et Richard Budden, en charge des sujets Infrastructure & Smart Cities chez Esri Europe, avaient aussi fait le déplacement, comme pour prouver que le rapprochement entre BIM et SIG est une suite logique de l’interface qu’un ouvrage a avec son environnement direct et éloigné.

Mais si le BIM n’est que naissant, le SIG existe déjà depuis longtemps. Quels liens peuvent donc exister entre eux? «Le SIG ou le BIM permettent tous deux d’organiser de la donnée de manière très structurée, confie Gaëtan Lavenu, Responsable de la veille technologique chez Esri France. Ce qui les différencie, c’est le niveau d’échelle. Le BIM sert à modéliser tout ce qui va se passer dans et autour de l’ouvrage ou de l’infrastructure et d’aller dans des détails très fins. Comme ce modèle va à la fois servir aux différentes phases de conception, de construction puis de maintenance, il nécessite donc de «descendre» dans un niveau très détaillé des objets, jusqu’à la précision de la prise de courant d’une infrastructure. De son côté, le SIG va s’intéresser à une perspective beaucoup plus globale, à un territoire beaucoup plus grand dans lequel va se conceptualiser le bâtiment, l’ouvrage, l’infrastructure. Ce qui relie BIM et SIG est un lien géographique. L’infrastructure se trouve dans un contexte environnemental, économique. Elle va être reliée à des réseaux de transport, à des réseaux d’énergie. Seul le SIG va m’apporter cette vision globale. Il va donc y avoir une imbrication des deux modèles, avec une partie de chevauchement, mais je vais surtout avoir une complémentarité entre la vision réelle et de compréhension globale du SIG et la vision précise d’un objet BIM».

Avancées et sémantique

Exemple d’intégration de modèle BIM dans ArcGIS Online
Exemple d’intégration de modèle BIM dans ArcGIS Online
Encore théorique il y a peu, une telle complémentarité commence à devenir effective, comme l’assurait Alain Sevanche, directeur de BIM World: «Tous les acteurs présents ici intègrent une problématique de territoire et les jeux de données numériques des bâtiments se marient avec les jeux de données numériques des territoires». Laurent Leibovici, Responsable du pôle transport et BTP chez Esri France, le confirmait: «Le stade de recherche pure est dépassé. Des projets commencent à apparaître et des questions concrètes se posent chez certains de nos clients : quelle est la meilleure façon d’intégrer ces différentes technologies ou ces différents modèles dans un SIG urbain, dans ce que j’ai besoin de faire en tant qu’exploitant ou en tant que responsable de la maintenance»?

En écho Frédérique Diekmann, Directrice des Systèmes d'information de la Communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines détaillait en conférence son expérience de modélisation et pilotage de l’espace urbain grâce aux maquettes numériques. De leur côté, Vectuel, Systra et Magelium présentait la maquette à très grande précision de toute l’Ile-de-France développée pour la société du Grand Paris: 1 million de bâtiments modélisés en 3D dont 68 gares et 140 km2 d’aménagements urbains. Quant à l’EPADESA (l'Établissement Public d'Aménagement de La Défense Seine Arche), il signait avec le CSTB une convention de partenariat pour la mise en œuvre d'une démarche BIM multi-échelles, dans le prolongement de la mise en place d’un SIG depuis 2011.

Car l’une des particularités notée à BIM World est cette nouvelle sémantique qui apparaît du côté de ceux qui réfléchissent depuis plusieurs années au BIM et doivent maintenant en élargir les frontières, sans pour autant « basculer » dans le SIG qui, on l’aura compris, fait autre chose. Si la notion de «BIM élargi» était connue, l’on a entendu d’autres mots tels que «BIM multi-échelles», «BIM à grande échelle» ou «BIM urbain». «Le BIM multi-échelles consiste à intégrer les BIM des bâtiments dans un ensemble plus important, c’est-à-dire à l’échelle urbaine d’un quartier qui constitue donc le BIM urbain, définissait Éric Lebègue, responsable d’affaires à la Direction technologies de l’informations du CSTB. L’objectif est donc de relier différentes briques entre eux: les bâtiments  et les composants techniques, énergétiques, etc. qui produisent un certain nombre de services. C’est par exemple le cas à Ajaccio où la maquette numérique BIM de l’hôpital est connectée aux réseaux urbains et VRD de la ville». Une approche qui s’apparente aussi à la démarche de Smart-city... 

La construction entièrement BIM du nouvel hôpital d’Ajaccio dépasse les murs du bâtiment par un BIM multi-échelles relié au «BIM urbain» d’une maquette numérique de la ville. © CSTB
La construction entièrement BIM du nouvel hôpital d’Ajaccio dépasse les murs du bâtiment par un BIM multi-échelles relié au «BIM urbain» d’une maquette numérique de la ville. © CSTB
Et Laurent Leibovici de conclure avec un malin sourire : «Reprenons la question initiale «Qu’est-ce que le BIM ?». S’il est vu comme une approche d’outils, différents éditeurs font déjà des outils de conception 3D et «phasée». Maintenant si le BIM, c’est l’information numérique existant autour de l’infrastructure tout au long de son cycle de vie, il faut évidemment intégrer cette infrastructure à son l’environnement et de faire des analyses croisées entre elle et ce qui existe, soit avant, soit autour, soit en sous-sol. Et çà, c’est du SIG tel que nous le faisons depuis très longtemps. C’est en cela que finalement le BIM va nourrir le SIG et donc le SIG est l’avenir du BIM» !

Xavier Fodor