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Refonte régionale : l'impact visuel des cartes


Carte blanche à Éric Langlois. Précédemment responsable du SIG au Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, Éric Langlois est ingénieur en géomatique au CERAMAC, laboratoire de géographie de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, où il enseigne aux Masters 2 Professionnels.



Alors que les outils géomatiques et la cartographie se sont démocratisés et peuvent être utilisés dans la vie quotidienne, les discours des citoyens et des élus par rapport à des grands sujets d’actualité ne sont pas toujours empreints d’une grande rigueur scientifique et peuvent conduire, cartes bricolées à l’appui, à une mauvaise appréciation des enjeux de développement.

  

À condition de respecter les règles de sémiologie graphique et d’apporter une touche esthétique permettant de mieux communiquer auprès d’un large public, le géographe peut apporter des matériaux cartographiques rigoureux utiles au débat public. Il peut aussi décortiquer, analyser et expliquer les dynamiques actuelles des territoires en croisant les héritages historiques et les mutations socio-économiques qui tendent à s’accélérer : mobilité et numérique, mondialisation et métropolisation, recompositions des systèmes productifs, différentes politiques publiques, etc.

 

Dans ce contexte, la carte scientifique est à la fois outil de travail et de réflexion pour répondre aux interrogations voire aux inquiétudes que suscitent les réformes territoriales en cours (union des Régions, refonte des intercommunalités, « communes nouvelles »). Ainsi dans le cadre d’une commission spéciale « Territoires et Fait Métropolitain » du Conseil économique, social et environnemental de la Région Auvergne, nous avons tenté de décrypter les enjeux associés au phénomène de métropolisation (la future région comprendra plusieurs métropoles de taille inégale dont Lyon, Grenoble, Saint-Etienne) et au perspectives de développement des villes intermédiaires et des territoires ruraux. 
 

 

Saisi à partir de cartes expressives, le processus de métropolisation et ses effets d'entrainement deviennent évidents

Plus généralement, cette grande région (près de 70 000 km2 et 12 départements, 7,7 millions d’habitants) pose la question du maintien d’une proximité entre les citoyens et les pôles de commandement et de services (villes moyennes et métropoles). Alors que la Région Rhône- Alpes est attractive, jeune, avec une démographie attractive et un fort maillage urbain, l’Auvergne présente un dynamisme démographique et économique limité au bassin clermontois Quelles peuvent être alors les formes de polarisation à partir des fonctions tertiaires supérieures ? Peut-on s’attendre à un renforcement de la métropole lyonnaise au détriment des autres pôles métropolitains ? L’espace rural risque-t-il d’être « siphonné » par les territoires les plus compétitifs ?

 

L’utilisation de Geostatistical Analyst (module optionnel d’ArcGIS) permet à travers des indicateurs géographiques très classiques (évolution de la population et du solde migratoire, de l’emploi au lieu de travail, de la création d’entreprises) de comprendre ce phénomène de métropolisation et de faire un état des lieux des dynamiques actuelles. Les représentants du CESER, du monde économique et les élus des deux Régions ont pu saisir à partir de cartes expressives le processus évident de métropolisation et ses effets d’entraînement (gains de populations et d’emplois à plus de 60 mn, voire plus d’une heure trente des pôles métropolitains), mais aussi les fragilités des villes petites et moyennes (singulièrement en Auvergne) et les risques de « décrochage » de certaines zones plus éloignées et mal reliées. 

 

Les élus ont ainsi pris conscience de l’intérêt de maintenir des politiques de  péréquation internes à la nouvelle région (à l’échelle des bassins de vie souvent ruraux et polarisés par une petite ville) et de soutenir les développement des pôles de services (dont la position géographique optimale peut être appréciée par les cartes isochrones afin de limiter les futurs déplacements des citoyens) et notamment des métropoles ; les cartes confirmant que la métropole clermontoise peut équilibrer le réseau urbain de la nouvelle Région vers l’Ouest, parallèlement à l’émergence d’un pôle genevois en allant vers l’Est.
 

Carte Blanche  parue dans SIGMAG n°6 (octobre 2015). Cliquez ici pour vous procurer ce numéro.